D.T.O. 48/540

En cette fin d'après-midi du mois de juillet 1959, l'oasis de Fort-Flatters offre au visiteur le visage si typique des petites bourgades militaires du sud.  Il y a tout d'abord la palmeraie entourée de son enceinte en brique de pisé brun rougissant au soleil, sa seule protection face à l'envahissement des dunes. Quelques centaines de palmiers et figuiers entourent plusieurs points d'eau peuplés de minuscules poissons. A l'ombre des palmiers, de misérables Harratin cultivent de minuscules lopins de terre séparés les uns des autres par des haies de palmes séchées où poussent céréales et légumes. Presque au centre des palmiers, à quelques centaines de mètres de l'entrée de piste 07 du terrain d'aviation et en plein dans son axe se trouve la station gonio. A l'extérieur de la palmeraie, de nombreux bâtiments militaires se greffent autour des quelques habitations locales construites en briques crues. Un convoi de camions Berliet couleur sable quitte le camp de la 2ème Compagnie Saharienne du Génie et emprunte la route bordée de redjems, les fameux repères formés de pierres entassées en pyramide, qui conduit vers la falaise. La rue principale s'étend entre les échoppes offrant différents articles d'artisanat saharien, l'agence postale, le bar-restaurant et le dortoir-refuge où se donnent rendez-vous les routiers et où s'échangent les dernières nouvelles.  Sur la petite place,jeeps militaires et puissants Dodge Powerwagon des pétroliers côtoient les énormes camions des routiers, véritables vaisseaux du désert.  Un 6x6 traverse la rue à vive allure et gravit les dunes en direction des baraques du 3ème B.I.L.A., le Bataillon d'Infanterie Légère d'Afrique, et du bordj de la 1ère C.S.P.L., la 1ère Compagnie Saharienne Portée de Légion.  Il y a aussi les installations de la 2ème Compagnie Saharienne du Matériel, le Centre des Transmissions de Fort-Flatters et ses antennes, l'Infirmerie, la Météo et plusieurs autres constructions.  A l'autre extrémité, vers le nord-est, on distingue, au pied de la falaise, le Service des Essences et les bâtiments préfabriqués des ouvriers de la C.E.P.

Une rue quitte le centre de la petite agglomération et conduit directement à l'aérodrome militaire qui étend ses installations le long de l'Erg Issaouane, près de la palmeraie côté est. Abritant un peu moins de cent cinquante aviateurs, il offre une infrastructure permettant l'atterrissage et le décollage d'avions conventionnels gros porteurs de la catégorie 3 tels les Nord 2501, Douglas DC3, DC4, Bréguet Deux Ponts et Constellation.  La piste d'atterrissage de 1800 mètres large de 60 mètres est aménagée sur un sol argilo-sablonneux et située au 28°08 Nord et 06°50 Est.  Une station radio goniométrique, Flatters Gonio et une balise NDB constituent les seules aides radio-électriques à la navigation aérienne.  Les appareils se posent à vue, de jour comme de nuit, après un bref échange d' instructions avec Flatters Gonio sur la fréquence 119,7.  Selon la direction des vents, les atterrissages et les décollages se font en 07 face à l'est et aux dunes ou en 25 face à l'ouest et à la petite palmeraie.

En plus des appareils des lignes civiles et militaires desservant Flatters, des avions des détachements du GOM 86 et du GSRA 76 et le DH 89 Dragon de la CEP, il y a aussi les mouvements des appareils des sociétés civiles oeuvrant dans le domaine du transport à la demande, du taxi aérien, et ceux des militaires des diverses unités opérant en Algérie dans le cadre des opérations de maintien de l'ordre.

Une centrale électrique fournit l'électricité nécessaire au balisage de nuit.  Le C.L.A. est situé en bordure du parking militaire, près de la soute à essence, quelques dizaines de mètres en avant des deux bâtiments Fillod de l'Escale, non loin des deux constructions en dur des Transmissions et leurs grandes antennes.  En allant vers l'est, de l'autre côté du grand hangar du garage, le Service Incendie assure la sécurité en piste.

Dépendant administrativement de la Base Aérienne 215 d'Ouargla, le DTO 48/540 est commandé par le lieutenant Dumas et au fil des années il deviendra successivement Base Aérienne Secondaire et Base Aérienne.  Une trentaine de bâtiments préfabriqués en métal et quelques tentes entourent la redoute et l'ancienne station radio construite en dur. On y retrouve les divers services indispensables au bon fonctionnement de toute installation militaire, le Poste de Garde, le PC Base, le Secrétariat, l'Infirmerie, l'Antenne-Air, la STB, les dortoirs, les cuisines, le mess et le réfectoire, les salles de repos, l'armurerie, le magasin d'habillement et le Service Infra pour n'en citer que quelques-uns.  L'enclos des chiens de garde est situé en arrière du garage, près de la clôture de fil de fer barbelé qui entoure le terrain d'aviation.  Vers l'extrémité est de la piste et au sud de celle-ci se trouve la soute à munitions.

Ici, comme d'ailleurs dans tous les postes isolés du sud les loisirs sont assez rares, parties de cartes ou de pétanque, rédaction du courrier, lecture, écoute de la radio quand il n'y a pas trop de brouillage ou de fading et les visites de la palmeraie sans bien sûr oublier les inévitables randonnées dans la région à la recherche des fameuses pointes de flèches en silex.

En 1959-1960 Fort-Flatters sera plusieurs fois rouge météo ou QGO MTO, interdisant les atterrissages et les décollages des avions en raison de forts vents de sable. La Base sera alors noyée, submergée par une poussière qui aveugle, suffoque, s'infiltre partout.  Cela dure tantôt quelques minutes, tantôt plusieurs heures puis c'est le calme, le silence, et ça s'arrête presque aussi rapidement que c'est arrivé.

Il y aura aussi l'invasion de sauterelles, véritable fléau du désert, détruisant tout sur son passage et une ou deux petites pluies assez importantes pour détremper le sol sablonneux.

Avec la précipitation des événements en 1962, le personnel de l'Armée de l'Air commence petit à petit à quitter la Base et en 1963 la 2ème Compagnie Portée du 4ème R.E.I. de la Légion occupe les lieux.